Sous les pavés …

Souvenirs et projets ont aboli l’instant.
Le sablier l’amasse, l’étranglant au passage.
“Quand trébucheras-tu, me susurre une page,
Sur ce même pavé, porte imprévue du Temps?”

“Comme un air de prélude”, nouvelle publication sur le thème de la cinquième saison!

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Le recueil “Les petits mots du diable” arrive bientôt! Un grand merci à Véronique Sauger et à ses complices!
Cette entreprise collective, lancée en décembre dernier, a gagné en puissance au fil des saisons! La publication est prévue pour le premier jour de l’été 2016!
Je vous invite à lire le conte “Comme un air de prélude” en goûtant à la pétillante compagnie de “La suite pour violoncelle” de Bach.

Publication

“Le Joyau” (conte- poème en prose) est enfin paru dans ce recueil grâce à Véronique Sauger et aux Editions “Epingle à nourrice”!

“Je veux peindre la France…”- novembre 2015

portrait tiré de quelques vers des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné

 

Je veux peindre la France une mère affligée,

Qui tient, entre ses bras, un fils assassiné.

Les yeux fous de douleur, elle empoigne le cou

De l’enfant meurtrier, puis, à force de coups

D’ongles, de poings, de pieds, elle châtie l’outrage

Du piètre adorateur des scènes de carnage.

Ce tueur acharné, cet obtus fanatique,

Fait dégât de plaisirs qu’il juge hérétiques,

Si bien que pour ôter à son frère la vie,

Il méprise la sienne et n’en a plus envie.

 

Un fils, soulagé de pouvoir dire « je suis »,

Croit revoir partout des sosies de cette nuit.

A la fin, tourmenté par un mal qui sidère,

Il engage une guerre dont le champ est la mère.

Ni les condamnations, ni les crimes punis,

Ni les déchéances n’ont calmé son esprit;

Mais la rage le guide et sa raison se trouble

Si bien que pour un coup, il veut rendre le double.

Leur conflit se rallume et les rend plus furieux:

La haine, par malheur, leur a crevé les yeux.

 

Grenade Manesca

Sonnés.

 

“Cette catastrophe, on la redoutait,

Car le cercle infernal de la vengeance

A son cortège d’horribles transes.”,

Ruminent les plus doctes assemblées.

 

Depuis vendredi soir, les coeurs navrés

Se désolent ensemble pour la France,

Et pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance

D’échapper à la noire atrocité.

 

L’aube nouvelle prend des airs sinistres.

Elle se défait sur les toits bistres

D’où s’écoule la rosée en larmes.

 

L’âme esseulée puise sa résistance

Dans les frêles plaisirs de l’existence:

Le Vrai ignore la voix des armes.

 

Grenade Manesca

Avant l’opération.

Les fenêtres sont verrouillées.

Le temps paraît beaucoup plus long,

Quand on redoute l’incision.

Tous les couloirs sont surveillés.

 

L’instant se transforme en durée,

En attendant l’opération.

Les peurs et leurs aberrations

Noircissent l’instant redouté.

 

On pense, alors, au chirurgien,

A notre sort entre ses mains,

A l’opération de sa science.

 

On fait appel à sa mémoire.

A jeun, on se nourrit d’espoir

Jusqu’à la perte de conscience.

La douleur.

Le corps épuisé agonise.

La douleur est insoutenable

Comme un présent insupportable.

Quelle épouvantable traîtrise !

 

On hésite à doubler la mise.

L’avenir se montre incertain

Quand tout respire le déclin.

Et le vague espoir ironise.

 

L’obsession de la guérison

Fait vaciller les prétentions.

C’est le moment de négocier.

 

On abdique fibre par fibre

Pour conserver le reste à vivre.

On congédie la liberté !

L’ annonce de la maladie.

Elle tombe un jour sans préavis,

Elle se dit, sans prendre de gants,

Coup de tonnerre assourdissant

D’un mal arrivant à bas bruits.

 

On vit de probabilités.

La thérapie indispensable

Prémunira de l’impensable.

L’instant présent est alité.

 

Ne règne plus que la stupeur

Car, s’est concrétisée la peur

Que la mémoire va graver.

 

L’existence entière défile.

La vie ne tient plus qu’à un fil.

Est-ce la ligne d’arrivée ?

La mort.

Ce petit corps inanimé

Devient le gisant de mon cœur.

Il alimente ma douleur

En me cloîtrant dans mon passé.

 

Il est présent dans mon silence,

Il traverse tous mes rêves.

Je n’ai jamais connu de trêve,

Depuis le jour de son absence.

 

Mes nuits se passent à gémir.

Et chaque jour me fait souffrir.

Comment tuer ce mal violent ?

 

J’ai vu un gouffre gigantesque :

Et même le génie dantesque

N’a pas un mot pour cet enfant.

Le présent.

Grandie par le malheur et nourrie par l’espoir,

Je regarde l’enfant qui est encore en vie,

Et j’espère pour lui un avenir moins noir.

Quand il sera plus grand, qu’il suive son envie !

 

Dans n’importe quel lieu, il sera un miroir.

Il saura révéler leur mortelle ironie,

Il montrera, à tous, leur cachée maladie.

Et enfin dans mon cœur, succombera le soir.

 

Les autres font profit de leur bonne fortune,

En délaissant celui dont le mal importune :

Ils lui tournent le dos et regardent ailleurs.

 

Je n’oublierai jamais tout ce qu’il m’a appris :

L’existence a son sens, je l’ai enfin compris.

Avec lui dans la vie, fi de tous les railleurs !

Infini.

Au bout, une lueur d’espoir:

“Il faut y croire! Il faut y croire!”

Mais c’était l’éclat d’un miroir…

Rendre le rêve à son tiroir,

Et cesser à jamais d’y croire.

Toujours tâtonner dans le noir:

La vie , dans l’infini couloir.

Les petites phrases.

Pluies de mots au coeur,

Pluies de petits coups,

Ils font un grand trou

Qui va droit au coeur.

 

Quolibets railleurs

Qui déforment l’âme,

Joie des faux-rieurs,

Tous des fossoyeurs.

 

Pluies de petits coups,

Pluies de petits clous

Fichés en plein coeur,

Comble de douleur.

Chagrin grenade.

La pression est devenue trop forte,

Au nom de quel motif? Peu importe!

Dans sa colère, il m’a voulue morte,

Et le vent tempêtait à la porte.

“Si j’offrais au vent ces flammes fortes,

Il sera impensable qu’elle s’en sorte!”

Et vers la gare, le diable m’emporte.

Et vers la gare, le diable m’emporte.

Ici.

Je ne vois plus le port,

Je ne vois plus les rues,

Qui ont scellé mon sort,

Ereinté ma vertu.

La ville d’escaliers,

Aux ruelles si tristes,

Dévore par paliers,

Parfois à l’improviste.

Que dire de la ville?

Princesse évanouie

Et muette sybille

De toutes mes envies,

Elle occulte à grand peine,

A force de nuages,

L’éclatante fredaine

De mon aveugle rage.

 

Parfums de Grasse.

Ô toi qui, au pays de Grasse, te nourris,

Tu nous offres l’espace des sens infinis.

Tu rends intemporelle la fleur éphémère.

Tu exhales les douces senteurs de la Terre.

L’empire de tes parfums fait ton absolu,

Pareil au souvenir de l’illustre vaincu.

L’harmonie symphonique de ton doux sillage

Sublime, par son souffle, l’être de passage.

Parce que tu es notre patrimoine essentiel,

Plus cher qu’une promesse de lait et de miel,

Reçois l’hommage de notre reconnaissance,

Immatérielle et permanente présence!

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